Histoire

La chapelle Saint-Golven constitue un témoignage remarquable de l’architecture religieuse pour trois raisons. D’abord, l’arc diaphragme ou arc triomphal du 12e siècle est un exemple unique en milieu rural en Bretagne ; celui de la cathédrale de Vannes est à une échelle plus monumentale. Cet élément caractéristique des églises de l’Anjou, du Maine et du Berry, étudié jadis par R. Crozet et récemment par Jacques Mallet, a conservé ici son passage latéral au nord ; le petit accès extérieur à la chapelle sud est probablement le souvenir du passage latéral sud ; l’utilisation de ces passages latéraux reste encore problématique et est vraisemblablement lié à des pratiques liturgiques particulières.

J. Mallet a montré que nombre d’églises priorales rurales d’Anjou présentaient une inégalité de taille de ces passages, qui se manifeste ici par l’apparent désaxement de l’arc par rapport à la nef. Il convient de restituer, au-delà de cet arc, une croisée, un transept, aujourd’hui transformé en chapelles, et une abside semi-circulaire dont la profondeur est à peu près celle du chevet plat du 11e siècle. Le second élément remarquable est la façade occidentale du second quart du 16e siècle, qu’il faut attribuer à l’atelier qui construisit Saint-Armel de Ploërmel ; le trumeau présente ici, comme le portail nord de Ploërmel, quelques éléments décoratifs de la Renaissance. Enfin, la chapelle seigneuriale au nord-est, construite au cours de la seconde moitié du 16e siècle, présente une disposition originale que l’on retrouve d’ailleurs à Ploërmel dans la chapelle Saint-Armel au nord ; à l’origine, cette chapelle, dont le sol était à un niveau nettement plus bas que l’actuel plancher, comportait un rez-de-chaussée et un étage faisant fonction de chapelle funéraire et d’oratoire, chaque pièce ouvrant sur le chœur par une baie en plein cintre.

Description

La chapelle Saint-Golven du Vieux-Bourg relevait du prieuré Saint-Nicolas dépendant de l’abbaye bénédictine de Saint-Gildas-de-Rhuys ; il servit d’église paroissiale sous le vocable de Saint-Golven et faisait partie de l’ancien évêché de Saint-Malo ; il devint chapelle en 1875, lors de la construction de l’église paroissiale actuelle au bourg. L’étude archéologique fait apparaître une succession de reconstructions, d’agrandissements et de modifications de sorte que l’édifice se présente comme un agglomérat architectural.

· L’arc diaphragme en plein cintre, construit en grand appareil régulier, date de la seconde moitié du 12e siècle ; les arêtes de l’arcade furent abattues à une date postérieure, probablement au 16e siècle. Au revers du mur nord, derrière le retable, on distingue une baie en plein cintre, en partie bouchée.

· Les éléments sculptés, remployés comme chapiteaux dans les chapelles nord et sud formant transept, datent de la première moitié du 13e siècle, leur provenance est inconnue ; cependant, le chapiteau nord pourrait être un élément de corniche, la face arrière n’étant pas sculptée ; les faces latérales des deux chapiteaux ont été retaillées lors de leur remploi au 15e siècle.

· Les quatre arcades de la nef, ouvrant sur le collatéral nord détruit au 19e siècle et aujourd’hui bouchées, datent de la seconde moitié ou de la fin du 14e siècle ; les chapiteaux sont à corbeille lisse et l’arcature présente une seule moulure en large cavet. De cette époque datent également le lavabo du mur sud de la nef, la crédence-lavabo de la chapelle sud, le remplage d’une baie dans le mur sud de la nef et celui d’une baie remployée dans le mur nord de la sacristie actuelle.

· Le chevet plat, percé d’une grande baie d’axe aujourd’hui bouchée, fut construit vers le milieu du 15e siècle ; de cette époque, date également le réaménagement de l’ancien transept roman en chapelles latérales au nord et au sud, chacune étant ouverte par deux arcades sur l’ancienne croisée du transept ; les éléments sculptés du 13e siècle furent réutilisés en chapiteaux pour les colonnes rondes dont les socles sont à mouluration prismatique. La façade occidentale et son portail, une bonne partie du mur sud de la nef avec les deux baies passant en lucarne (une seule conservée) datent du second quart du 16e siècle.

· Vers le milieu du 16e siècle, ou même plus tard, fut ajoutée à l’angle nord-est la chapelle dite des seigneurs de Lambilly, aujourd’hui sacristie, avec deux baies superposées ouvrant sur le chœur et un accès direct à partir du nord. À la même époque fut établie la base du clocher dont l’élévation se poursuivit dans les années 1600. Aux 17e et 18e siècles, installation des retables et percement de quelques baies.

© – BARRIÉ, Roger, MOIREZ-DUFIEF, Denise. L’église Saint-Armel à Ploërmel. Congrès archéologique du Morbihan, Paris : Société française d’archéologie, 1986.

 

Dossier d’étude d’Inventaire de la Région Bretagne : Dossier d’étude