Raoul de Navery (de son vrai nom Eugénie-Caroline Saffray) est née le 21 septembre 1829 (ou 27 mai 1831 selon certaines sources) à Ploërmel (Morbihan). Elle décède le 17 mai 1885 au château de Reuil (Seine-et-Marne).

Originaire d’une famille de la petite bourgeoisie bretonne (son père étant receveur des contributions indirectes), elle a reçu une éducation stricte, puis elle a été envoyée en pension chez les Dames du Sacré-Cœur, à Vannes. C’est là qu’elle développe un goût profond pour la littérature.

À 17 ans, elle épouse Eugène Baptiste Chervet, rédacteur à la préfecture de Rennes, une union malheureuse et brève. À 20 ans, séparée (mais sans divorce, par fidélité à ses convictions catholiques), elle entame sa carrière littéraire.

Ses tout premiers écrits — poèmes et petites nouvelles — paraissent à la fin des années 1850 sous le nom de Marie David. À partir de 1860, elle adopte le pseudonyme masculin Raoul de Navery en hommage à son grand-père maternel. C’est sous ce nom qu’elle va écrire ses premiers succès.

Elle devient l’une des romancières les plus prolifiques de son époque : près de 100 romans en moins de 25 ans, sans compter poésies et pièces de théâtre.

Son œuvre se distingue par :
  • un fort ancrage catholique (vertus chrétiennes, morale, rédemption).
  • un goût pour le drame, l’aventure et le roman populaire — des récits parfois sombres, souvent remplis de péripéties, d’injustice, de souffrance, mais achevant presque toujours sur la rédemption, la justice ou l’amour.
  • un style efficace, parfois jugé volontiers moralisateur ou « suranné » aujourd’hui, mais capable de captiver son public.

Elle publie dans de nombreuses revues et journaux catholiques ou populaires (en feuilletons notamment), comme L’Ouvrier, La Veillée des chaumières, La Revue de Paris, etc.

Parmi ses romans les plus célèbres :
  • « Patira » – Probablement son œuvre la plus connue, une trilogie d’aventures marquée par l’injustice, la souffrance, la rédemption et l’espérance.
  • « Le Marquis de Pontcallec » – Un roman historique inspiré de la conspiration bretonne de 1718-1720, où elle exploite son amour pour la Bretagne, ses légendes et ses luttes.
  • « Les drames de la misère », « Le Capitaine aux mains rouges », « Les Naufrageurs », « Le Rameur de galères », « Le Parias de Paris »… autant d’histoires d’injustice sociale, d’aventures, de morale chrétienne.

Ses romans étaient souvent publiés en feuilletons avant d’être rassemblés en volumes.

À l’époque, ses romans rencontrent un vrai succès populaire, particulièrement parmi les cercles catholiques et les lecteurs de « bons romans moraux ». Un critique de l’époque écrivait que ses œuvres sont « honnêtes et remplies de charmants détails qui frappent le cœur en même temps que l’imagination ».

Aujourd’hui, son œuvre paraît datée, parfois naïve, mais elle reste un document intéressant sur les mentalités, la littérature populaire et les sensibilités religieuses du XIXᵉ siècle. Plusieurs de ses romans sont encore réédités.